Peu après midi ce beau jeudi de la mi-septembre, c’était le départ pour une fin de semaine à l’anglaise à Stowe pour le British Invasion. La météo ne prévoyait que du soleil et couvre-chef au vent, nous prenons le chemin des Cantons de l’Est en évitant les autoroutes; le toit sera rangé derrière les sièges du matin au soir jusqu’au retour. Le peu de circulation permettait d’admirer les terres agricoles de la région de Warwick, les fermes d’élevage et des vignobles; en cette période, les vignes sont couvertes de filets afin de protéger les précieux raisins des oiseaux;  en passant par Shefford, Warden, Waterloo, des vaches, chevaux, puis le lac Brome célèbre pour ses canards. Cette étape se terminait à l’auberge Sutton Haven Inn déjà connue. Première surprise, de nouveaux propriétaires dynamiques, du Wi Fi qui fonctionne, et une salle à manger qui ne sert pas que pour le petit déjeuner, comme autrefois.

Question de se dégourdir, la visite du village, toujours charmant, et c’est l’heure de l’apéro sur l’une de ses nombreuses terrasses. Peu de gens dans les boutiques qui font toutes des ventes allant de deux pour un à cinq dollars pour un deuxième article; nous sommes entre deux saisons. Sutton est bien connue comme station de ski, mais aussi pour le vélo de montagne, son festival de jazz et tout simplement le plein air; les Clinton y sont venus au mois d’août.

Le restaurant de l’Auberge à la Fontaine, une vieille maison bourgeoise, devenue auberge il y a trente ans, a été le choix de ma passagère pour un repas fort apprécié; de la bonne cuisine grâce à son propriétaire français.

Vendredi matin, après un copieux petit déjeuner à notre auberge, le plein d’essence pour la Triumph, iI ne reste que quelques kilomètres pour atteindre la frontière du Vermont. Ces routes de montagne sont un charme pour une voiture sport, même le Smuggler’s  Notch, un col étroit où on doit côtoyer d’immenses pierres ne permettant pas de croiser d’autres voitures par endroits. Déjà, on rencontre des voitures anglaises, car le vendredi, pour ceux qui arrivent tôt, l’organisation propose une balade sur ces belles routes peu achalandées. De plus en plus d’anglaises et chacun se salue au passage. Peu avant midi, notre compagnon de voyage, un GPS Garmin, annonce l’arrivé au Hob Nob Inn, la même auberge que l’année dernière. C’est notre cinquième participation à l’événement, et les lieux sont familiers.

La voiture soulagée des bagages, nous nous rendons sur le terrain de l’événement. Sous un grand chapiteau, je récupère la pochette déjà prête avec les documents de la fin de semaine dont un coupon pour le cadeau remis aux trois cents premiers inscrits, un parapluie à l’insigne du British Invasion. Nous choisissons un vert pour aller avec la couleur de notre voiture; il servira de parasol à Brenda. Sous ce chapiteau, on trouve  vêtements, foulards, couvertures à des couleurs britanniques; des outils et de la documentation variée et rare sur les voitures anglaises; souvent à l’achat d’une voiture de cinquante ans, ces choses-là manquent. Il y a toutefois beaucoup moins d’articles que par le passé, et quant aux vendeurs de pièces de voitures qui sont regroupés à l’autre côté du terrain, ce n’est que l’ombre de ce qu’il y avait il y a cinq ans, la faute à l’Internet.

Il y a toujours un bon choix de restaurateurs, et on y va pour une chaudrée de palourdes, et de la pizza. En plus de découvrir les voitures qui sont sur place, on fait le tour des vendeurs de voitures miniatures, de livres, de menues pièces et outils, et le Car Corral, l’endroit désigné pour ceux qui apportent leurs anglaises pour les vendent. On rencontre des connaissances, et vers 16 h 30, dans le chapiteau où trône la reine—et oui, la reine vient passer la fin de semaine à Stowe—il y a le bar où on peut échanger nos coupons pour des consommations. Il fait chaud, 30 degrés, et  une bonne bière froide est bienvenue; des plateaux de hors d’œuvres circulent; il est facile d’engager la conversation avec les gens autour de notre table.

De 18 h 30 à 21 h 30, il y a le concert tant attendu sur la rue principale de la ville. Les voitures sont garées en parallèle des deux côtés de la rue fermée à la circulation. Les trottoirs sont bondés de gens de Stowe, mais aussi des villes voisines, car c’est un événement pour eux de voir toutes ces voitures. Les musiciens sur la scène montée devant l’hôtel de ville nous font entendre des chansons des Beatles, des Rolling Stone…et la foule a tôt fait d’envahir la rue. Les restaurants font des affaires, l’espace devant les maisons, commerces et même le trottoir, est aménagé, le temps d’un soir, d’un bar, de casse-croutes, tout ce qu’il faut pour nourrir la foule. C’est toujours le même groupe musical qui est fort apprécié, et ils ne font qu’une très courte pause. Jeunes et vieux dansent ou sautillent.

C’est bien sûr un bon moment pour découvrir les automobiles présentes, de rencontrer leur propriétaire et aussi des connaissances. Un ami américain en profite pour nous inviter à nous rendre à sa MGTF afin de partager une bouteille de Veuve Clicquot bien froide qu’il avait apportée pour cette rencontre.

Le publique est admis au terrain d’exposition à compter de 9 h le samedi et le dimanche. Il est à noter que les chiens et bicyclettes y sont interdits.

Le samedi, les brumes matinales cèdent la place au soleil et à compter de 8 h 30, grâce à une bonne signalisation, les autos sont vite alignées selon leur classe, les motos la première, ensuite les Triumph, les Lotus, les Singer, les marques en vedette cette année; il y a en tout 71 classes, chacune contenant au moins deux exemplaires de la même marque, certaines regroupant plusieurs qui sont orphelines. C’est qu’il y a plus de 720 voitures de différentes époques; par exemple, il y a 16 classes de MG, des années 30 à 80. C’est un incomparable musée de voitures anglaises avec des noms comme Wolseley, Riley, Manchester, NG…et d’une année à l’autre, du changement. Les grandes marques comme Rolls Royce, Bentley, Aston Martin, Jaguar…ont même des voitures récentes en plus des anciennes.  Mon ami à la bouteille de champagne possède 13 MG; donc une différente à chaque année. Une plaque est remise pour les gagnants des 1re, 2e et 3e place de chacune des classes, dépendant du nombre d’inscrits.

Il y a bien sûr le Concours d’Élégance qui regroupe les voitures qui sont dans le meilleur état de restauration et de conservation. À 14 h 30, c’est le dévoilement des gagnants du concours, suivi d’un défilé et une courte interview de chacun des conducteurs heureux. Ces derniers sont non seulement fiers de récolter ces trophées ou plaques, mais aussi de voir leur investissement prendre de la valeur.

Pendant ce temps, sous la présidence de la reine, à 13 h 30, le concours de chapeaux pour les dames, et le concours de costumes d’époques britanniques.

Normalement, un livret de coupons est remis à chacun des participants afin de voter pour son coup de cœur dans chacune des classes. Suivant une mise à l’essai à Bristol, cette année il y avait dans la pochette une feuille affichant toutes les classes, avec en bout de ligne un espace pour inscrire le numéro de la voiture de notre choix. Ce qui a bien fonctionné à Bristol qui n’a regroupé que 180 participants, est devenu une tâche énorme pour ceux qui avaient 720 feuilles avec 71 classes à compiler; donc, les résultats pour les gagnants ont été remis au dimanche matin. C’était aussi un soulagement, avec plus de 30 degrés et un soleil toujours présent, le terrain a été libéré de ses occupants assez rapidement.

Pour ceux qui avaient réservé, il y avait le souper officiel à 19 h, pour plusieurs clubs de voitures anglaises, une occasion de se réunir.

Dimanche matin, même scénario que le samedi à la différence que les voitures sont regroupées par couleur, avec des plaques pour les propriétaires des voitures gagnantes. Contrairement aux années précédentes où plusieurs prenaient la route tôt le matin, ceux qui espéraient un prix venaient s’ajouter aux réguliers du dimanche, donc une grande participation. On invite le premier de chacune des classes à placer sa voiture sur la piste circulaire qui entoure le champ d’exposition, et une fois les plaques remises, il y a un défilé de tour de piste des gagnants, un bon moment pour prendre des photos. Plusieurs Québécois ont gagné des prix, dont Jean-Marc Dion, une première place pour sa Triumph Spitfire.

Le dimanche est un bon moment pour revoir amis et connaissances et apprécier le Tailgate Picnic Contest. Les participants garent leur voiture en un arc semi circulaire, et dépendant du thème choisi, présentent dans la malle et sur une table pliante des hors d’œuvres, des sandwiches ou des gâteaux à faire goûter aux spectateurs; des mets rappelant un piquenique à l’anglaise, accompagné de thé, limonade, voir du vin. Cette année il y avait 6 participants dont la reine, et un véhicule militaire de transport de troupes qui faisait faire des tours de piste. On sait à quel point les Anglais aiment prendre le thé vers les 16 h. C’est Anna, la duchesse de Bedford, qui dans les années 1860 avait commencé cette tradition que tout le Royaume-Uni a adoptée. Des plaques ont été attribuées  pour l’élégance,  les costumes,  l’originalité,  le goût des aliments, l’humour, le plus Britannique et la meilleure présentation, donc chacun est reparti avec sa plaque.

La remise des plaques, un gagnant par couleur, se faisait à 14 h. Encore une fois, une Invasion à l’anglaise bien réussie.

C’était notre cinquième participation, et fait à remarquer, nous n’avons jamais eu de pluie. Le retour au bercail s’est fait sans histoire sous un ciel bleu.

Jean-Jacques Sanfaçon